La douleur chez les poissons

La douleur chez les poissons

jess
Créé le il y a 26 jours

Nous sommes en 2003. Suite à la dépêche de Reuters à propos de l’étude d’une équipe scientifique de l’Institut Roslin de l’Université d’Édimbpurg tentant de prouver le ressentis de la douleur chez les poissons, le débat ainsi ouvert fait rage chez les scientifiques intéressés par le sujet. Voici donc quelques déclarations de ces personnages, et les liens qui vous conduisent vers des articles affirmant des positions favorables et défavorables à la thèse de la douleur chez les poissons.

Qui dit vrai ?

D’après une étude de 2003 faite par une équipe de scientifiques de l’Institut Roslin de l’Université d’Édembourg (Allemagne), les poissons ressentiraient bien la douleur.

Cependant, selon les travaux du Professeur James D. Rose de l’Université du Wyoming aux USA de cette même année, les poissons ne possèdent pas la région du cerveau nécessaire et spécifique permettant de ressentir la douleur.

L’article de Sneddon et autres est beaucoup trop léger et ne fournit aucune évidence légitime que les truites, par exemple, sont capables de ressentir la douleur. Le point crucial de cette affaire est que les auteurs de ce document s'orientent vers une voie invalide pour tenter d’identifier la douleur.

En effet, ce document ne se préoccupe pas de la douleur, au sens, expérience consciente. Il traite uniquement de nociception : réponses inconscientes à des stimuli nocifs. Fitz a déjà mis en évidence les genres de confusions conceptuelles qui minent le document de Sneddon et autres dans ses travaux de 2002 publiés dans la «Revue de la Science de pêche (« Reviews in Fisheries Science »).

Pour faire simple et en résumer, les poissons captent une information qui modifie leur comportement, mais n’ont pas «conscience» de la douleur

. Le ressenti et l’identification, en tant que douleur, n’existe pas.

Suite à ces divergences, toujours en 2003, c’est la guerre entre scientifiques. D’un côté, ceux qui affirment que le ressenti de la douleur est présent (de par l’étude du comportement suite à l’injection d’une substance chimique ou du venin). De l'autre, ceux qui affirement que les poissons ne peuvent pas ressentir la douleur du fait de leur anatomie.

Le comportement modifié par une région (lèvres chez la truite ar-en-ciel) infecté par ces produits provoquant normalement la douleur prouverait le ressenti de cette même douleur.

D’autres personnes, comme le professeur Rose, affirment que, vu la configuration du cerveau chez les poissons, ceux-ci ne peuvent avoir un ressenti, et donc, avoir conscience de la douleur. Elles mettent en évidence la comparaison avec le cerveau humain, là où le traitement de la douleur s’applique à des régions bien spécifiques, ce qui n’est pas le cas pour le cerveau des poissons.

Mais alors... les poissons souffrent-ils ?

Tout le monde se pose la question ! Aquariophiles, pêcheurs, scientifiques, ... et tout le monde cherche des preuves et des explications. Parce que les poissons n'ont pas de signes distinctifs ou audibles pouvant être interprêtés comme de la douleur, ils suscitent souvent moins d’empathie que les autres animaux. Mais pour autant... sont-ils insensibles à la douleur ou peuvent-ils souffrir ?

Après des années de débat, il y a plus de 10 ans maintenant, toujours en 2003, sortent les premières preuves et une équipe de scientifiques britanniques indique avoir la preuve que les poissons ressentent la douleur. Toutefois, ils n’ont pas réussi à convaincre, notamment les pêcheurs à la ligne qui n’entendent pas cesser de taquiner le goujon. A cette même période, une publication, par l’Académie Royale des Sciences, abordant les recherches menées sur des truites arc-en-ciel, a fait bondir les défenseurs des animaux : "nous allons encourager les pêcheurs à poser leurs cannes à pêche. Il est ridicule, qu’en 2003, on continue à débattre sur le sujet : à savoir : si les poissons ressentent ou non la douleur. Bien sûr, ils la ressentent", a déclaré à la chaîne de télévision SkyNews, Dawn Carr, de l’Association PETA (People for the Ethical Treatment for Animals).

"Tant que nous n’aurons pas de preuves irréfutables, on ne saura pas. C’est simplement une hypothèse", a répliqué le Directeur d’une Association de pêcheurs, Go Fishing, selon lequel les millions de pêcheurs à travers le monde ne se considèrent pas comme des tortionnaires.

Les chercheurs du Roslin Institue de l’Université d’Édimbourg, dirigés par le Gr Lynne Sneddon, ont étudié la réactivité des truites à l’injection de substances nocives. Ils ont donc injecté du venin d’abeille et de l’acide ascétique dans les lèvres de certains poissons. Ceux-ci ont eu des réaction qui ne semblaient pas relever du simple réflexe. Ces derniers s'agitaient, se tortillaient, ne s'alimentaient plus et collaient leurs bouches contre les vitres comme pour se gratter ou se soulager. Les scientifiques ont, du coup, découvert que les poissons avaient, sur la tête, des capteurs de nociception – la sensibilité à la douleur.

Cette découverte constitue une première, chez les poissons. Il est alors conclu que les récepteurs ont des propriétés identiques à celles découvertes chez les amphibiens, les oiseaux et les mammifères, y compris chez l’homme.

Par la suite, il a été démontré qu'un poisson pouvait non seulement ressentir la douleur mais également s'en rappeler. En effet, un poisson blessé par un hameçon peut se souvenir de cet objet jusqu'à un an plus tard. Le test effectué a permis de constater que le poisson évitait définitivement l'objet après blessure.

Suite à ces révélations, de nombreuses associations crient au scandale quant au traitement des poissons pour notre consommation : filets, hameçons, suffoquements, éventrements vivants, déstructions des branchies, éclatement de vessies dues au changement soudain de la pression, ...

10 ans plus tard, rebondissement, le débât est relancé en 2013 et les scientifiques n'arrivent décidemment pas à s'accorder sur ce sujet sensible. En 2013, les journaux publient des articles "la douleur, une sensation inconnue des poissons" suite à des études américaines (Université du Wyoming, parus en 2012 dans la revue Fish and Fisheries). Contrairement à ce qui avait été conclu par les recherches précédentes, il est démontré qu'il semble que les poissons n’aient pas un système neurologique suffisamment développé pour sentir consciemment la douleur. Retour en arrière sur les interprétations des différentes expériences suite à cette tempérisation. Ils démontent ainsi les différentes études précédents avec des explications opposées en précisant les différentes réactions des poissons s'opéreraient de manière totalement inconsciente dans la mesure où ces derniers sont dépourvus de nocicepteurs : récepteurs sensoriels de douleur qui transmettent un message nerveux au cerveau.

Un an plus tard, en 2014, la Commission fédérale d’éthique admet que certains poissons peuvent souffrir, et appelle tout le monde à les traiter avec respect, notamment pêcheurs et pisciculteurs. Dans un rapport rendu public, cette dernière estime qu’il n’existe aucune preuve pour conclure que les poissons ne ressentiraient pas la douleur et qu'il n'y a pas de certitude absolue, dans un cas comme dans l'autre.

En résumer, au jour d'aujourd'hui, il semble difficile d'affirmer une thèse ou une autre. Le milieu scientifique ne s'accorde pas et les études sur la douleur des poissons ont des conclusions parfois complètement opposées.

Ce que j'en pense personnellement ? Je rejoins complètement la Commission fédérake d'éthique sur le fait que dans la doute, mieux vaut s'abstenir. Je pense que les poissons ressentent effectivement la douleur et que les études opposées seraient beaucoup trop impactantes pour le domaine de la pêche et de la consommation. A ce propos, il n'est pas rare de constater, dans nos aquariums, au regard de certains parasites ou maladies, que les poissons se frottent contre le sol et le décor, pour se gratter ou s'en débarasser, signe, qui, selon moi, montre que les poissons ressentent effectivement une sensation désagréable et de fait, pouvant être crescendo en fonction de la sensibilité de l'espèce du poisson. L'absence anatomique de structure nerveuse telle que nous les connaissons ne permet pas d'affirmer pour autant que les poissons sont insensibles. L’origine évolutive de la douleur reste mystérieuse et il est tout à fait possible que certaines espèces, dont les poissons, puissent ressentir la douleur grâce à des structures différentes de celles des mammifères, comme le précise Jean-Marc Neuhaus. Nous avons encore tellement à apprendre de la nature et des animaux.

Et notre passion ?

Maintenant que nous savons que nos poissons peuvent ressentir la douleur et sont capables de souffrir, en tout état de cause, certaines espèces, dans certaines conditions, qu'il n'y a pas de différence à faire entre les poissons et les animaux à sang chaud, qu'en est-il de leur capacités cognitives et de leurs sentiments qui commencent également à être démontrés ? Autrement dit, quid de la souffrance psychologique de l'aquariophilie sur nos poissons ?

Les poissons sont des êtres sociaux qui apprécient particulièrement la compagnie des autres poissons (en dehors peut-être de certaines espèces, comme le betta splendes ;)), se montrent de l’affection, parfois de la compassion, communiquent grâce à une variété de sons et de mouvements et coopèrent pour atteindre des objectifs. Selon certains experts comportementalistes animaliers, les poissons font preuve d’un des systèmes sociaux les plus complexes du règne animal. Qu'en est-il lorsque nous les maintenons dans des environnements clos, lorsque nous les séparons, lorsque qu'ils sont grégaires et ne vivent pas en groupe suffisament conséquent, etc etc ... ?

Pour conclure, nous savons que la qualité de vie de nos poissons en aquarium est étroitement liée à la maintenance et à la qualité de l'eau et de leur environnement. Ce constat doit renforcer notre vigilance à maintenir correctement nos poissons et leur apporter le maximum, avec attention et respect.

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jess
jess Créé le il y a 26 jours
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Un commentaire

shanganagh-takhisis
shanganagh-takhisis
Très bel article.
Anonyme
Anonyme
Anonyme
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