Avec l’arrivée de nombreux crabes d’ornement dans nos maisons, il est bon de savoir à qui on a à faire et de connaître quelques spécificités auxquelles nous serons confrontés si nous décidons de maintenir l’une de ces espèces. C’est ce que vous propose ce petit article.

ANATOMIE EXTERNE

Le corps du crabe est principalement constitué du céphalothorax et du péréion, recouverts dorsalement par une grande carapace rigide en forme de bouclier. Cette carapace est une excroissance du segment céphalique le plus postérieur. Chez les décapodes, les trois premiers segments thoraciques sont fusionnés aux cinq segments céphaliques et leurs appendices sont des maxillipèdes.

Illustration : Le coin à fossiles
Illustration : Research Gate

ANATOMIE INTERNE

 

Illustration : Internet

LA LOCOMOTION

Les crabes sont des arthropodes, terme qui signifie « qui a des pieds articulés ». Sous ce nom sont groupés « les animaux de forme parfaitement symétrique, pourvus d’organes locomoteurs articulés et dont les masses centrales du système nerveux constituent un anneau ganglionnaire. Les crabes peuvent se déplacer de différentes façons : en marchant, en courant ou en nageant. Les crustacés décapodes, qui ont un céphalothorax aplati et un abdomen réduit, ont une locomotion latérale.

 

Illustration : J. Soucie pour Biodidac

DIMORPHISME

Dimorphisme – Illustration : Internet

LES ORGANES REPRODUCTEURS

LA MUE

Tout possesseur de crustacés a déjà été confronté à ce phénomène mais savez-vous ce qui se passe réellement durant ce processus ? On vous l’explique ici !

La possession d’un squelette externe rigide et inextensible entraîne une conséquence biologique, l’accroissement du corps est lié à un phénomène cyclique : la mue. L’exosquelette des arthropodes est multifonctionnel : il soutient le corps, résiste aux contraintes mécaniques et assure la protection contre les agressions environnementales et la dessication (dessèchement).

La couche la plus externe de la carapace (tégument) est l’épicuticule, une fine couche cireuse qui constitue la principale barrière d’étanchéité.

Sous l’épicuticule se trouve la procuticule, la partie structurale principale conçue pour résister aux contraintes mécaniques. Cette dernière est divisée en 2 parties : l’exocuticule (externe) et l’endocuticule (interne) qui présentent une composition et une structure similaires. L’endocuticule représente 90 % du volume de l’exosquelette. Ses couches sont plus denses que celles de l’exocuticule.

Au niveau moléculaire, on trouve des chitines qui sont des polysaccharides à longue chaîne. Les chitines forment des fibrilles de 3 nm (nanomètres) de diamètre et 300 nm de longueur. Ces dernières sont enveloppées de protéines et s’assemblent en fibres de 60 nm de long. Ces fibres s’assemblent ensuite en faisceaux qui s’orientent parallèlement les uns aux autres et forment des plans horizontaux.

Ces plans s’empilent de façon hélicoïdale, créant une structure en contreplaqué torsadé. Un empilement de ces couches ayant effectué une rotation de 180° est appelée « Structure de Bouligand ». Ces structures se répètent pour former l’exocuticule et l’endocuticule.

Structure de Bouligand – Illustration : Research Gate

La mue est contrôlée par une hormone appelée « ecdysone » qui gère certaines variables comme la taille, le poids, l’alimentation, etc. Entre 2 mues, l’animal a passé du temps à remplir les espaces vides disponibles sous la cuticule et quand cet espace est rempli, la mue est déclenchée.

A) Les bouleversements sont d’abord internes : les divisions cellulaires s’accélèrent, surtout au niveau de l’épiderme et des éventuels appendices qui se régénèrent (nous verrons ça un peu plus loin).

B) L’ancienne cuticule commence par se décoller de l’épiderme (apolyse) puis elle est suivie par la sécrétion du liquide exuvial composé d’enzymes qui viennent dissoudre et digérer l’ancienne endocuticule dont les composants sont absorbés et stockés par les cellules de l’épiderme. L’animal devient mou et est très vulnérable. Il se crée alors un espace vide entre l’ancienne cuticule, uniquement composée de l’épicuticule et l’exocuticule, et l’épiderme qui commence à secréter une nouvelle endocuticule. C’est à ce moment que des membres perdus peuvent être régénérés.

C) Cela fait, la synthèse de de la nouvelle cuticule peut débuter. Cette dernière est constituée de couches successives constituées de chitine et protéines. A partir de là, l’animal a deux cuticules incomplètes séparées par le liquide exuvial. Les attaches musculaires, toujours ancrées sur l’ancienne cuticule, sont reconstruites sur la nouvelle qui présente tous les détails d’ornementation qui apparaîtront une fois la mue achevée.

D) Lorsque toutes les attaches entre les deux squelettes, l’ancien et le nouveau, sont résorbées et que la nouvelle cuticule est suffisamment épaisse, l’exuviation peut commencer. De l’eau est absorbée et fait augmenter la pression interne : le squelette se disloque suivant les lignes de décalcification apparues quand l’ancienne endocuticule a été dissoute. L’animal a des mouvements rythmiques qui lui permettent de s’en extraire et d’étendre au maximum sa nouvelle carapace encore molle.

E) La sécrétion cuticulaire reprend ensuite et ajoute de nouvelle couche chitino-protéiques. Cette sécrétion post-exuviale s’accompagne du durcissement de la cuticule, essentiellement par l’incorporation de calcaire.

Le processus de la mue – Illustration : Semantic Scholar

LA DETOXIFICATION

La mue est également l’occasion pour l’animal d’éliminer certains métaux stockés dans la chitine de sa carapace. Le méthylmercure est intégré dans les muscles et d’autres métaux peuvent être plus ou moins durablement stockés dans le système hépatopancréatique.

Seuls le plomb, le manganèse et le nickel sont stockés dans la carapace en quantités parfois plus importantes que celles trouvées dans l’environnement.

L’AUTOTOMIE ET LA REGENERATION

De nombreux crabes sont capables de se débarrasser d’un membre blessé. Un réflexe nerveux provoque une contraction musculaire qui rompt l’exosquelette à la base du membre suivant un plan de rupture préétabli. Ce plan de rupture se situe sur le basis, là où la patte sort de la carapace et lors de la contraction du muscle autotomiseur, il bute sur le bord de la carapace.

Plan de rupture d’autotomie – Illustration : Léon Fredericq (1871)

Une double membrane est préformée à hauteur du plan de rupture et n’est traversée que par le nerf de la patte et une artère. Au moment de l’autotomie, l’une des membranes se détache avec la patte tandis que l’autre obture le plan de rupture, fermant ainsi le nerf et obstruant l’artère. Seule une goutte de sang qui se transforme en caillot restera sur le plan d’autotomie.

Peu de temps après, un bourgeon se forme au centre du plan d’autotomie, il soulève la membrane puis rompt le caillot. Les cellules continuent à se former rapidement. Le nouveau membre est replié deux fois sur lui-même et est enfermé dans un « sac » qui grandit avec lui. Il reste mince et flexible tout au long de sa régénération.

2 exemples de bourgeons pattes ab et cd – Illustration : Nelly Demeusy (1973)

Lors de l’exuviation, le membre régénéré se dégage de son enveloppe, se déploie et son exosquelette durcit en même temps que la carapace.

LES PARASITES

Si la Sacculine ne touche que les crabes marins, il n’en va pas de même pour le très dangereux ver plat (trématode) : Paragonimus Westermani. Il a la couleur et la taille d’un grain de café et n’a qu’une fonction : pondre !

Anatomie du Paragonimus Westermani – Illustration : Science Direct

Ses oeufs sont dispersés via les crachats ou les selles des personnes porteuses et lorsque l’un d’eux tombe dans l’eau, il se transforme en quelques semaines en une larve appelée « Miracidium ». Cette larve cherche alors un mollusque dans lequel elle pénètre puis s’y multiplie de façon asexuée. Un seul Miracidium donne naissance à un grand nombre de larves d’un nouveau type : les Cercaires.

Les Cercaires visent un nouvel hôte, de préférence un crabe ou une écrevisse dans lequel elles pénètrent via les branchies. Il y forment des kystes, généralement dans les muscles, et prennent alors le nom de Métacercaires. Dans certaines rivières d’Asie, jusqu’à 50 % des crabes en portent de 1 à 5 dans leurs tissus et ne semblent pas en souffrir.

En revanche, s’ils viennent à être mangés crus, salés, marinés ou mal cuits, le kyste est digéré dans l’estomac et le Métacercaire s’en échappe, descend dans l’intestin, en traverse la paroi et traverse le corps jusqu’aux poumons où il se transforme en ver Paragonimus qui se consacre uniquement à la reproduction. La boucle est bouclée. Bien qu’hermaphrodite, la reproduction nécessite généralement la présence de deux vers mais, le cas échéant, un seul peut suffire.

 

Illustration : Internet

Après 2 mois 1/2 à 3 mois, les personnes infestées commencent à avoir des toux chroniques hemoptoïques (accompagnées de sang), les symptômes ressemblent beaucoup à ceux de la tuberculose. Les vers peuvent également atteindre le cerveau, le foie, les ganglions lymphatiques, la peau et la moelle épinière et s’y développer. Cependant, dans ces organes, le cycle évolutif ne peut s’achever car les œufs n’ont aucun moyen de sortir du corps, néanmoins la présence de ces vers et de leurs oeufs provoquent des lésions, voire des nécroses des tissus. Les Paragonimus adultes peuvent vivre jusqu’à 20 ans mais meurent généralement au bout de 6 ans.

Ainsi, les personnes ou les animaux atteints (chiens, porcs, divers félins, entre autres) disséminent, via leurs crachats ou leurs excréments, un nombre incalculable d’oeufs. Cette maladie est très courante en extrême orient. Pour l’éviter, il suffit de cuire convenablement les crustacés pour tuer les Métacercaires. On estime à 22 millions les personnes atteintes de paragonimose, toutes espèces confondues, à savoir 10 espèces pathogènes, Paragonimus Westermani étant la plus fréquente. 90 % des cas de dismatose pleuropulmonaire se trouve en Asie, soit environ 20 millions de cas.

Je me suis étendue sur cette zoonose à dessein car elle est mal connue, y compris des médecins et, de fait, peu ou pas soignée au bon moment chez des populations où les moyens médicaux peuvent être très limités voire absents. Plus on diffusera ces informations, fort incomplètes, je le concède, plus tôt on pourra anticiper les soins avant que les dégâts ne soient trop grands chez les personnes infectées. Qui sait, peut-être qu’un jour vous irez faire une balade en Thaïlande ou au Japon, alors un conseil, évitez les crustacés au menu !

Sources : Research Gate, Semantic Scholar, ScienceDirect, Para-Site, Le coin à fossiles, Biodidac, Wikipédia, Wikipédia Commons.