raies d'eau douce

Clin d'oeil sur les raies d'eau douce

shanganagh-takhisis
shanganagh-takhisis il y a 26 jours

La plupart des raies d’eau douce que l’on trouve en aquariophilie sont originaires d’Amérique du Sud et appartiennent à la famille des Potamotrygonidae qui regroupe les genres Heliotrygon, Paratrygon, Plesiotrygon, Potamotrygon et Styracura, ce dernier genre ne contenant que 2 espèces, toutes deux marines.

vue d'ensemble des raies d'eau douce
Les raies d'eau douce

Elles font partie des raies pastenagues qui sont toutes porteuses d’une ou plusieurs épines venimeuses placées sur une courte queue qu’elles utilisent comme un fouet pour se défendre.

Epine de Raie Vermiculée (Potamotrygon Falkneri) – 11,5 cm
Epine de Raie Vermiculée (Potamotrygon Falkneri) – 11,5 cm

La plupart des raies d’eau douce que l’on trouve en aquariophilie sont les Potamotrygons, à queue courte, et les Plesiotrygon dont la queue est beaucoup plus longue. Ce sont des poissons cartilagineux, caractérisés par un corps aplati de forme le plus souvent ronde, de grandes nageoires pectorales solidaires du tronc et de branchies ventrales.

Squelette de Potamotrygon Motoro (Raie à ocelles)
Squelette de Potamotrygon Motoro (Raie à ocelles)

Une piqûre d’une de ces raies est extrêmement douloureuse et les risques infectieux sont loin d’être négligeables, sans compter d’éventuelles lésions graves telles que la perforation d’une artère. La plupart des victimes endurent nausées, vomissements, crampes musculaires et une douleur insupportable au niveau du point de ponction pouvant durer jusqu’à 48 heures. Une anesthésie locale sur le bloc nerveux de la partie atteinte peut supprimer la douleur pendant un temps. L’épine peut également se briser et une partie rester dans la plaie provoquant ainsi une envenimation prolongée. Bref, raie = danger ! Si la plupart des victimes sont touchées aux membres inférieurs en marchant sur une raie par accident, on connaît au moins un accident mortel, celui de Steve Irwin, journaliste australien, frappé au cœur par une pastenague lors d’une plongée sur la Grande Barrière de Corail.

Système vulnérant et venimeux des raies armées

Il est constitué de l'aiguillon et des glandes associées. L'aiguillon (ou épine) est articulé et barbelé. Aplati dorso-ventralement, il a une dentelure rétrograde bilatérale recouverte d’une enveloppe tégumentaire qui forme une gaine. Il est fermement rattaché à la partie dorsale de l'appendice caudal par un dense réseau de collagène d'origine dermique. Bien que très difficile à briser, cette arme est caduque. Elle tombe et est remplacée chaque année. Lorsque la chute ne se fait pas régulièrement, on peut trouver de 1 à 4 aiguillons situés côte à côte. Les glandes venimeuses sont situées ventralement dans deux sillons longitudinaux séparés par une crête médiane, et se prolongent par de petits canalicules aboutissant à la base des denticules où se situe un petit orifice par lequel le venin est émis et injecté dans le corps de la victime. Au moment de la piqûre, l'épine est endommagée. Sa tunique tégumentaire se rompt, mettant à nu la dentelure, permettant ainsi de dilacérer plus facilement les tissus de sa victime. Les glandes sont de type acineuses (glande ayant des acini pour secréter).

Piqure raie, raie en action
Raie en action

Mécanisme de la libération du venin

Ce mécanisme, favorisant la dispersion de la toxine, est à la fois :

  • Passif : le venin accumulé par la sécrétion continuelle dans les espaces interdenticulaires imprègne la plaie lors de la blessure.
  • Actif : par rétraction de la gaine cutanée et pression musculaire sur les follicules glandulaires à chaque mobilisation de l'aiguillon.

Mécanisme d'envenimation

L'aiguillon très long et acéré est garni d'environ huit denticules par centimètre sur chaque bord. Ces barbelures sont recourbées vers le bas, en forme de harpon. Couché au repos, l'aiguillon se redresse vers le haut et l'arrière pour piquer et il est en rapport avec deux glandes à venin. Caduque, il n'est pas isolé, les aiguillons de remplacement lui font suite peu à peu.

Lorsque la raie assène un coup de queue, la fine peau recouvrant l'aiguillon est détruite et le venin se déverse dans la plaie. Ce dard dilacère donc les tissus qu'il pénètre. L'envenimation se produit par imprégnation de la blessure par le venin présent entre les denticules, mais aussi par expulsion active du venin par les glandes qui réagissent à la pression des muscles caudaux. Le venin des glandes est une protéine toxique thermolabile (qui est détruite ou qui perd ses propriétés à une température peu élevée) et hydrosoluble (qui peut se dissoudre dans l’eau). Il perd sa toxicité en 4 à 18 heures à température ambiante.

Coupe transversale de l'aiguillon

Aiguillon raie
Appareil vulnérant venimeux des raies (d'après Lagauret et Coll.)
Appareil vulnérant venimeux des raies (d'après Lagauret et Coll.)

Venin et toxine

Le fait que les raies armées n'aient pas de véritable glande sécrétrice rend la collecte du venin très difficile, ce qui handicape les recherches sur leur composition et leur mode d'action. Les venins contiennent un mélange de protéines toxiques thermolabiles. Ils n'affectent pas la transmission neuromusculaire, mais agit en priorité sur la circulation sanguine, très probablement par un effet direct sur le muscle cardiaque.

Symptomatologie

  • Douleur : Constante, elle est immédiate et peut par son intensité provoquer une syncope, avec risque de noyade. Durée variable, jusqu’à plusieurs heures souvent suivies d’élancements et d’une sensation d’engourdissement du membre blessé. Sédation au bout de 48 heures.
  • Œdème : Gonflement dur et douloureux au niveau de la lésion, apparaissant en quelques minutes et pouvant s’étendre à tout le membre.

La plaie est souvent profonde (2 à 3 cm) avec un aspect lacéré. Des morceaux du dard peuvent être retrouvés dans la plaie, celui-ci se brisant fréquemment lors de l’attaque.

Conduite à tenir

  1. Sortir rapidement la victime de l’eau pour éviter une noyade en cas de survenue d’un malaise.
  2. Examiner la plaie. Si le dard est présent, le retirer sauf s’il est enfoncé profondément (dans ce cas, un abord chirurgical s’avérera nécessaire). Regarder si des débris sont enchâssés dans la plaie. Rincer abondamment la plaie, vérifier l’absence de débris puis désinfecter avec un désinfectant de type chlorhexidine ou polyvidone iodée (Bétadine).
  3. Choc thermique : le venin étant thermolabile, il est possible d’appliquer un choc thermique en plongeant le membre atteint dans de l’eau chaude (vérifier la température avant pour éviter une brûlure) pendant 15 minutes. Cette technique est cependant controversée en raison de la profondeur de la blessure généralement observée avec l’aiguillon d’une raie armée. Si aucun soulagement de la douleur n’est obtenu après 5 minutes d’immersion, ne pas prolonger. Si la plaie saigne abondamment, il est préférable de ne pas employer cette technique.
  4. Lutter contre la douleur avec des antalgiques.
  5. Si la plaie est très profonde, délabrée, il est raisonnable de proposer un traitement antibiotique.
  6. Vérifier que la vaccination antitétanique est à jour.
  7. Suivre la cicatrisation de la plaie.
Compte-tenu de leur dangerosité, si vous souhaitez un jour maintenir un tel animal, sachez qu’il vous faudra obtenir le certificat de capacité approprié car de lourdes sanctions sont prévues pour les contrevenants (150 000 € d’amende – 2 ans de prison).

Bon, maintenant que vous savez ce que vous risquez, passons aux présentations !

Les raies en aquariophilie

Le genre le plus représenté en aquariophilie est le genre Potamotrygon et P. Hystrix, appelée également Raie Rivière ou plus simplement Rivière, en est l’espèce-type. On reconnait le mâle de la femelle aux deux nageoires pelviennes transformées en organes sexuels appelés « ptérygopodes », permettant une fécondation interne. Ils peuvent être munis d’une épine. Les femelles sont plus grandes que les mâles.

Potamotrygon Hystrix – Mâle à gauche, femelle à droite
Potamotrygon Hystrix – Mâle à gauche, femelle à droite

Les Potamotrygons sont ovovivipares, les petits éclosent dans le ventre de la femelle et naissent formés, capables de nager et aptes à se nourrir seuls. En revanche, ils sont peu nombreux.

Les plus courantes sont P. Motoro (Raie à ocelles) et P. Leopoldi (Raie de Xingu ou Raie de Léopolde).

Potamotrygon Motoro (Raie à ocelles)
Potamotrygon Motoro (Raie à ocelles)
Potamotrygon Leopoldi (Raie de Xingu)
Potamotrygon Leopoldi (Raie de Xingu)

La Motoro adulte, diurne, mesure de 45 à 50 cm, voire plus pour les femelles, et il faut compter 800 litres pour un seul individu. C’est un poisson calme qui aime les aquariums riches en végétation, ce qui ne l’empêchera pas d’exercer une certaine prédation sur les poissons de banc si elle peut en attraper un. Ces derniers devront être introduits avant elle afin qu’ils puissent trouver abris et cachettes pour lui échapper. Elle tolère très mal les nitrates et la qualité de l’eau devra être irréprochable. L’épaisseur de sable devra être d’au moins 5 cm.

La Leopoldi, essentiellement nocturne, mesure 60 cm maximum pour le mâle et 90 cm voire plus pour la femelle. Un aquarium de 3000 litres est nécessaire pour un seul sujet. Ce n’est pas tant le nombre de litres d’eau qui est important que la surface au sol, pour un couple de Leopoldi, il faudra minimum un aquarium de 3 m de long et d’une largeur de 1,50 m avec de puissants courants car dans la nature, elle fréquente le lit principal des fleuves d’eau claire, affluents de l’Amazone. Ces fleuves sont soumis à de grandes amplitudes saisonnières, tant en paramètres physico-chimiques qu’en niveau. En ce qui concerne le patron de coloration, il est variable selon l’origine de la raie étant admis que plus la raie est âgée plus le fond est noir et les marques blanches nettes. Cela donne lieu à différentes appellations : Black Diamond, Eclipse, Thousand Islands...

P. Leopoldi Black Diamond
P. Leopoldi Black Diamond
P. Leopoldi Thousand Islands
P. Leopoldi Thousand Islands

On ne trouve les autres raies que très rarement dans le commerce aquariophile et à des prix très élevés. Elles sont généralement réservées aux très grands aquariums comme, par exemple, celui du Palais de la Porte Dorée, à Paris où vous pourrez observer différentes espèces de raies d’eau douce qui se reproduisent régulièrement. Chez les particuliers, seuls quelques aquariophiles très avertis et très bien équipés peuvent se permettre de maintenir certaines espèces.

J’ai essayé de vous bricoler un petit tableau informatif :

Potamotrygon Nom vernaculaire Taille max (cm)
Male / Femelle
Litrage mini Diurne ou Sols Origine Observations
Hystrix Raie Rivière de 35 à 40 500 Diurne Sable (5 cm mini) Paraguay, Brésil  
Schroederi Raie à rosettes de 50 à 60 2000 Diurne Sable/Humus Vénézuela, Colombie, Brésil  
Jabuti Raie perlée de 40 à 80 ? ? ? Brésil S'hybride avec Motoro et Leopoldi
Falkneri Raie vermiculée de 50 à 60 700 Diurne Sable/Humus Paraguay, Brésil Coloc. : Poissons rapides de plus de 10 cm
Limai Raie de Lima de 40 à 50 1500 Diurne ? Brésil  
Scobina Raie Mosaïque Inférieure à 45 850 Diurne ? Brésil  
Henlei Raie du Tocantins 50 / 70 850 Nocturne ? Brésil Diffère de Leopoldi par des tâches sur le disque ventral
Orbignyi Raie réticulée de 35 à 40 5000 Diurne Sable/Humus/Argile Vénézuela, Surinam, Guyane, Guyane Française, Brésil  
Leopoldi Raie de Léopolde 60 / 90 3000 Nocturne Sable (5 cm mini) Brésil Bac de 3,5 x 1,5 m
Motoro Raie à ocelles 50 800 Diurne Sable (5 cm mini) Uruguay, Brésil, Vénézuéla, Colombie  

Certaines de ces espèces ont été découvertes récemment et on manque encore cruellement d’informations à leur sujet. Néanmoins, j’ai pu trouver quelques images...

Raie Potamotrygon Hystrix (Rivière)
Potamotrygon Hystrix (Rivière)
Raie Potamotrygon Schroederi (Raie à rosettes)
Potamotrygon Schroederi (Raie à rosettes)
Raie Potamotrygon Jabuti (Raie perlée)
Potamotrygon Jabuti (Raie perlée)
Raie Potamotrygon Falkneri (Raie vermiculée)
Potamotrygon Falkneri (Raie vermiculée)
Raie Potamotrygon Limai (Raie de Lima)
Potamotrygon Limai (Raie de Lima)
Raie Potamotrygon Scobina (Raie mosaïque)
Potamotrygon Scobina (Raie mosaïque)
Raie Potamotrygon Henlei (Raie du Tocantins)
Potamotrygon Henlei (Raie du Tocantins)
Raie Potamotrygon Orbignyi (Raie réticulée)
Potamotrygon Orbignyi (Raie réticulée)

Voilà pour les raies à queue courte, faisons un petit détour par les raies à longue queue du genre Plesiotrygon qui ne compte, pour l’instant, que deux espèces : Plesiotrygon Iwamae et Plesiotrygon Nana.

Raie Plesiotrygon Iwamae
Plesiotrygon Iwamae
Raie Plesiotrygon Nana
Plesiotrygon Nana

Les Plesiotrygons sont des espèces qui étaient marines à l’origine et qui se sont adaptées à l’eau douce. On les trouve aujourd’hui dans les fleuves et bassins les plus reculés d’Amazonie, à l’est du Pérou. Les premières descriptions ne remontent qu’à 2011 et elles ne sont maintenues que par de très rares aquariums, dont celui du Zoo de Bâle, en Suisse, qui a réussi à obtenir une reproduction de Plesiotrygon Nana et la naissance de 9 petits, en 2016. Ce sont des espèces très difficiles à maintenir, nécessitant de très grands volumes, car leur queue peut être très facilement endommagée compte-tenu de sa longueur.

Le galuchat

Les galuchats (raies pastenagues ou requins (roussettes)) ont été chassés pour leur peau qui, une fois tannée, devient d’une dureté quasi-minérale. On fabriquait alors des produits de luxe avec ce « cuir » dont voici quelques exemples en images.

Coffret en galuchat naturel et argent (18ème siècle)
Coffret en galuchat naturel et argent (18ème siècle)
Coffret à mouches en galuchat vert et argent (18ème)
Coffret à mouches en galuchat vert et argent (18ème)

A cette époque, on ne savait teinter le galuchat qu’en vert et la plupart des objets créés étaient soit brut, soit vert. Aujourd’hui, les teintes disponibles sont beaucoup plus variées et le galuchat se retrouve un peu dans tous les domaines fabriquant des produits de luxe. Les peaux de raies proviennent d’Asie et d’espèces qui ne sont, actuellement, pas menacées.

Collier en galuchat noir
Collier en galuchat noir
Chaussures galuchat noir
Chaussures galuchat noir
Portefeuille galuchat rouge
Portefeuille galuchat rouge

Pour terminer avec ce dossier, je ne peux résister à l’envie de vous présenter la plus grande raie d’eau douce connue : Himantura Chaophraya, de la famille des Dasyatidae. Inutile de vous préciser que vous ne la mettrez dans aucun aquarium compte-tenu de ses incroyables dimensions.

Himantura Chaophraya
Himantura Chaophraya

Cette espèce vit et se nourrit à une grande profondeur (plus de 200 m), dans les eaux douces à saumâtres en Asie Tropicale. Elle est aujourd’hui protégée et fait depuis peu l’objet d’une aquaculture expérimentale. Sa plus grande envergure connue est de 2,40 mètres.

Voilà, c’est la fin de ce petit tour d’horizon, n’hésitez pas à partager et à réagir !

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shanganagh-takhisis
shanganagh-takhisis il y a 26 jours
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3 commentaires

NakMuay
NakMuay
Toujours au top @shanganagh-takhisis ;) Pas une pop à la portée de tous ;D
Crocmag
Crocmag
Article génial, mais pas pour moi cette population ça passe pas dans mon 54L
NakMuay
NakMuay
lol
Anonyme
Anonyme
Anonyme
Anonyme
Anonyme
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